Répondre au défi migratoire par l’agriculture et le développement rural

14-Dec-2017

La thématique des migrations est devenue l’un des sujets principaux abordés entre l’Afrique et l’Europe. Lors des discussions du sommet UA-UE qui s’est déroulé à Abidjan fin novembre, le drame libyen hantait tous les esprits. Chacun ayant son rôle coupable dans ce désastre humanitaire : l’Europe qui n’arrive pas à dépasser l’approche sécuritaire des migrations, et l’Afrique qui n’arrive pas à offrir à tous ses concitoyens des conditions de vies décentes.

Lors de la Conférence de haut-niveau sur l’Afrique au Parlement européen du 22 novembre, M. Owona Kono, président d’Afruibana et co-président de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, était invité à s’exprimer à la table-ronde traitant des migrations, de la jeunesse et du développement humain. Traiter de l’ensemble de ces thématiques en une table-ronde peut paraitre prétentieux, mais ces sujets sont intrinsèquement liés.

En effet, la FAO et le CIRAD estime dans une étude conjointe que près de 380 millions de jeunes africains, dont 220 millions en zones rurales, qui vont rentrer sur le marché du travail d’ici 2030. M. Kostas Stamoulis, sous-directeur général et responsable du département Développement économique et social à la FAO, résume bien les enjeux qui vont se poser à nous dans les prochaines années : « Le défi est de créer assez d’emplois pour absorber toute cette main d’œuvre. Ainsi, c’est pour toutes ces raisons que l’agriculture et le développement rural doivent faire partie intégrante de chaque intervention déployée pour faire face aux grands mouvements migratoires afin d'exploiter au mieux le potentiel des migrations, au profit du développement ».

C’est ce message qu’Afruibana porte aux dirigeants africains et européens. Le développement de l’agriculture est le meilleur moyen d’assurer une croissance inclusive et durable tout en offrant des opportunités professionnelles pour la jeunesse. Cela évitera un exode massif de nos concitoyens vers les grandes villes africaines dans des conditions précaires, ou pire, prendre les routes des passeurs vers les rives de la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Dans un continent qui compte 65% des terres arables disponibles dans le monde, pour une population encore à 50% rurale, c’est le meilleur moyen d’offrir aux populations une formation et un emploi leur permettant de gagner un revenu décent, et de se stabiliser.

Surtout, cette dynamique démographique que l’on présente souvent comme une bombe à retardement est ici fort utile. En effet, la main d’œuvre agricole en Afrique subsaharienne est vieillissante. Il est temps de procéder à une transmission du savoir-faire entre les différentes générations, les uns apportant leur expertise et les autres leur dynamisme et créativité. L’implication de la jeunesse dans l’agriculture est d’autant plus indispensable que c’est un secteur pleinement transformé par le numérique.

Regarder vers la Méditerranée ne sert à rien, c’est qu’il est déjà trop tard. Ces drames humains ne cesseront que lorsque nous agirons concrètement sur les causes des migrations. L’Afrique doit mettre en place une croissance inclusive et durable, permettant d’offrir à chacun un avenir professionnel dans son pays. Or le développement agricole est particulièrement pertinent pour lutter contre la pauvreté. Je le constate chaque jour dans la filière banane, qui fournit des milliers d’emplois au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana et ailleurs. Dans les « territoires du fruit », les bananerais nourrissent tout un écosystème où elles constituent un pilier du développement local. C’est pourquoi je pense que l’Afrique et l’Europe ont tout intérêt à agir en faveur de l’agriculture africaine.